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Sauf bouleversement de toutes les attentes le mariage pour tous devrait passer ce 26 septembre. Je ferai écho au sentiment de mon collègue Charles Mansera qui évoquait à la fois le regard de dédain jeté aux parties de la Suisse plus disposée au rejet de cette votation. Ainsi que la conception simpliste, dangereuse et malsaine à mes yeux d’un progrès linéaire des sociétés toujours plus libérales. Je ne reviendrai pas sur le fait qu’il est évident que cette conception crée une hiérarchie entre pays « avancés » et « arriérés » là où il pourrait exister des nuances et distinctions radicales entre des nations stables et saines. Ceux qui pensent se trouver « du bon côté de l’Histoire, » veulent s’assurer de pouvoir l’écrire [1] afin d’asseoir leurs bottes sur la gorge du passé et orienter le futur en se basant sur leur conception nombriliste. Rien de nouveau sous le soleil donc en ce qui concerne le fond : on opère des synthèses générales d’événements réels compliqués, tissés de manière à faire apparaître une simplification outrancière la plus binaire possible, afin de mieux tromper et asseoir une forme d’hégémonie. Le reste est une affaire de forme et c’est donc de forme surtout que nous allons parler.

 

Il n’est pas curieux, de voir dans le texte de la loi [2] un certain biais pour se concentrer davantage sur les couples lesbiens, notamment, en parlant assez librement de don de sperme. Ce faisant, les couples gays se retrouvent avec pour seule option, l’adoption, afin d’éviter une discussion dérangeante au sujet des mères porteuses pour les couples d’hommes. (Sachant que le recours aux mères porteuses est strictement interdit en Suisse et bien heureusement). Comme toujours le « L » mène la charge en ce qui concerne les affaires « LGBT » car c’est dans la conscience collective le type d’union qui semble le moins choquer les esprits, et plus généralement celui qui pose le moins de problèmes concrets et éthiques en théorie. Des problématiques morales, éthiques et sociales subsistent malgré tout.

 

Notamment, avec cette votation, nous allons faire un pas sûr vers la transformation de l’enfant en une forme de commodité. Comme s’il existait un droit fantasmagorique de réellement posséder et éduquer un enfant que l’on n’a pas soi-même engendrer en dehors des situations d’abandons et de décès qui sont des conditions d’absolue nécessités, imposées par les circonstances. Le lien qui uni père-mère et enfant est bafoué d’office ce qui diminue encore le rôle de la famille dans nos sociétés et proportionnellement donne plus de capacité à l’État de s’immiscer au sein de nos vies et décider pour nous et pour l’enfant ce qui est pour son bien et ce, sans avoir la même proximité qu’un parent et les meilleurs intérêts du petit à l’esprit. Certains diront qu’il n’y a que déplacement du rôle de la famille, mais le pouvoir de décider qui est « vraiment » le parent d’un enfant offre une latitude encore inexplorée par nos institutions pour exercer leurs pouvoirs. Et il est bien connu que les États tendent toujours plus lentement mais sûrement à augmenter leur contrôle quand on leur laisse le moindre vide de pouvoirs à explorer.

 

Mais ce n’est pas principalement de notre bonne vieille confédération dont je me méfie ici mais surtout de l’influence globalisée de certains acteurs qui possèdent les moyens de financer et exporter leurs visions à une échelle encore jamais vue. Cette influence tacite, qu’on observe facilement dans la culture, dans les universités et dans les médias, va souvent dans une direction particulière et n’est que rarement remise en question. L’audience possède toujours ses propres préoccupations propres qui ne lui permettent pas toujours de trouver le temps nécessaire pour examiner critiquement l’entièreté de ses pensées et inclinations afin d’en déterminer lesquels sont réellement « siennes » sans se tromper. Un contexte social sain et clair sur lequel on peut se baser, c’est-à-dire premièrement des parents, une famille et des amis aide au bien être de l’individu qui sait où se tourner en cas de besoin, et ce, surtout dans son apprentissage enfantin. Quand on suit des dizaines « d’influenceurs », qu’on a des centaines « d’amis » sur les réseaux sociaux sans avoir de gens sur qui compter réellement, qu’on gère toutes nos activités par rapports et au travers d’entités plus grandes qui suivent toujours nos déplacements et filtrent le contenu auquel on a accès, que peut-on être si ce n’est confus ? N’y a-t-il pas ici un effort conscient de maintenir cette confusion sociétale ? Qui gagne à chercher à la fois à tout unir sous un drapeau multicolore tout en séparant et cataloguant chaque type de personne, au point où l’anagramme n’en finit plus de s’étendre ? [3]

 

Voyez bien ici qu’il ne s’agit nullement d’imputer aux personnes qui ressentent désir et amour pour des personnes du même sexe qu’elle une quelconque responsabilité pour cette dégradation des mœurs et cette confusion ambiante. Quelques cas isolés et spécifique peut-être, la communauté entière en tant qu’elle est composée d’individu spécifique jamais. J’inviterai bien sûr aux personnes dans ce cas à s’interroger au sujet de qui a déclaré telle-ou-telle personne représentante de la communauté dans son ensemble ? Pourquoi se retrouve-t-elle à posséder tant de pouvoir pour définir qui nous sommes ? Si quelqu’un vous accuse d’être personnellement responsable, cette personne ment, ou se trompe, mais il reste à répondre à la question pourquoi les standards précédents étaient-t-il fautifs, et en quoi ce qu’on propose est-il meilleur, gagne-t-on réellement quelque chose dans la transition ? Sommairement, y a-t-il quelque chose de mal et d’insurmontable à ne pas entrer dans une catégorie spécifique pour la société dans laquelle on vit et est-ce que cela empêche de s’actualiser en tant qu’individu ?

 

Une société instable est une société qui change. Du changement peut apparaître une amélioration, mais il serait malavisé d’accueillir tout changements à bras ouverts surtout sans connaître les fondements de cette métamorphose. La générosité et l’envie d’accueillir sont des pulsions saines qui doivent gouverner nos relations humaines la plupart du temps. Cela étant, se distinguer plus que part notre simple identité mais par nos actes est nécessaire. Rejeter des mouvements ambigus, changeants, qui ne présentent pas d’amélioration claires pour le collectif tout comme l’individuel et cachent au moins partiellement leurs intentions et les conséquences de leurs actions sous des slogans entre autres modes d’apparences est sage. Donc sagement je les rejette, inconvaincu.

 

[1] Comme quand on invite des historiens à la maison blanche afin de s’assurer que l’histoire soit écrite comme on le souhaite : https://www.theatlantic.com/politics/archive/2015/12/obama-right-side-of-history/420462/

[2] Les modifications au texte :https://www.fedlex.admin.ch/eli/fga/2020/2687/fr

[3] LGBTQQIAAP… https://www.bbc.com/news/newsbeat-33278165