Image originale : Henri-Paul Motte, Le Cheval de Troie, huile sur toile, 1874. Modifications : Gabriel.
J’inviterai tout un chacun à garder les yeux ouverts. Sans même parler du contenu, le langage utilisé pour présenter la modification du 19 mars 2021 de la loi COVID-19 est couvert d’un miasme élitiste, manipulateur et tyrannique. C’est absolument inadmissible et on devrait s’indigner qu’on ose exposer la situation telle qu’elle l’est dans les explications du conseil fédéral [1].
Dans la présentation du contexte déjà l’État semble s’excuser de l’exercice de son pouvoir, se présentant comme « contraint » à prendre des décisions « qui s’imposaient ». Toujours dans la même description du contexte, on insère ces décisions et la récente modification de cette loi dans la continuité des modifications faites par le Parlement due à la nécessité de s’adapter à une situation changeante « (en l’occurrence les 18 décembre 2020, 19 mars 2021 et 18 juin 2021) ». Deux mouvements se voient ici : premièrement on disculpe de toute erreur qu’il aurait pu commettre le Conseil invoquant l’urgence et la nécessité. Deuxièmement on inscrit cette loi dans la continuité de ce mouvement, motivé et amené par la nécessité. Présenté ainsi, l’urgence dicte les actions du Conseil et du parlement et ces actions sont nécessaires. Il serait ridicule de s’opposer à des actions nécessaires. Il convient face à un argument niant tout autre solution de se demander combien de temps encore l’excuse de l’urgence tiendra et si la réponse que l’État propose est proportionnelle au risque encouru ou non. Quoi qu’il en soit c’est tout sourire et ne montrant que les meilleures intentions du monde que l’on est approché par cette mise en contexte.
Ensuite après un bref résumé de la précédente votation sur le sujet on aborde les éléments touchés par la modification en question. Une présentation honnête commencerait par les éléments qui posent problèmes et qui seraient les plus importants à discuter avant d’aborder des sujets secondaires qui sont moins sujets à la controverse. Ici, c’est exactement l’inverse. On nous présente les aides financières comme étant au cœur de cette modification de loi. On ne parle des sujets plus controversés qu’après, notamment le petit paragraphe sur le certificat COVID qu’on a glissé après une bonne page parlant des aides financières. Il semble clair que ceux qui s’opposent à cette loi s’opposent avant toutes chose au certificat COVID, au système de traçage entre autres sujets important laissant de côté les aides qui invoquent moins de débats. Ranger ceux-ci sous la case « Autres modifications » est simplement malhonnête et trompeur.
C’est comme à un animal ou un enfant qu’on s’adresse à nous. On nous montre les bienfaits inhérents au fait de courber la tête, (C’est-à-dire, ici, pouvoir obtenir un semblant de vie normale) et du même temps on lie les aides à un durcissement de la loi. La mauvaise foi est à peine voilée. On nous présente le certificat COVID comme simplement « facultatif » et deux phrases après on nous dit : « D’autres pays, de même que l’UE, ont eux aussi créé un tel document, certains le rendant obligatoire dans davantage de situations que la Suisse. » Implicite dans la seconde phrase est bien qu’il est obligatoire dans certaines situations. J’arguerai qu’utiliser le terme « facultatif » pour décrire quelque chose qui va se révéler nécessaire pour participer à bon nombre d’activité (professionnelles ou non) d’une vie normale est incroyablement inadéquat.
C’est un cheval de Troie, refuser la modification de loi du 28 novembre pour ses défenseurs serait refuser les aides gracieuses du Conseil fédéral, mettre en danger l’économie et même nous priver collectivement de vacances. C’est un non sequitur, le refus d’une partie de la loi COVID n’implique pas le rejet total de celle-ci. Ni n’interdit des négociations ou des modifications futures. Ainsi, ne nous laissons pas tromper par un chantage à peine voiler au bout duquel ne se trouve qu’une liberté conditionnelle.
[1] https://www.edi.admin.ch/edi/fr/home/documentation/abstimmungen/covid-19-gesetz.html