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Nous aspirons tous vers un « meilleur » tout en nous dégradant avec le temps qui passe. Chercher à améliorer sa condition, pouvoir réfléchir, faire preuve d’introspection et se rendre compte que de nos actions présentes, un futur s’établi sont des aspects fondamentaux de notre condition humaine. Nous ne sommes jamais seuls. Notre perspective est à la fois absolument unique mais ses aspects sont partagés, nous en avons l’impression et ainsi, nous essayons de tâtonner les murs de la cave obscure dont nous émergeons. Nous ne sommes plus les premiers Hommes. Ils nous ont laissé leurs héritages et laisser aux commandes d’institutions, de certaines machines qui éclairent la grotte d’une certaine façon, indiquant certains obstacles et en travestissant d’autres dans le jeu de la lumière. Ces machines sont utiles, et il y en a plusieurs avec leurs avantages et leurs défauts mais elles seules ne permettent pas de nous éclairer convenablement afin de que nous puissions poursuivre notre chemin en dehors et il n’est pas clair s’il faut en utiliser plusieurs, une seul ou encore et encore en créer de nouvelles. Ce qui nous oriente, celui où ceux qu’on choisit comme guide, dans l’espoir parfois naïf qu’ils soient plus capables d’organiser nos forces, voilà ce qui gouverne. « Qui doit gouverner ?» ou « Qu’est-ce qui doit gouverner ?» sont des questions que nous sommes chanceux de pouvoir nous poser, car bien souvent les réponses se sont imposées par le passé par le biais de la force ou par la nécessité. Nous sommes arrivés à plusieurs conclusions qui luttent encore entre elles dans un jeu de pouvoir politique et social.

 

Des deux questions « qui, » ou « qu’est-ce qui » doit gouverner émerge une distinction fondamentale entre deux visions possibles de la répartition de la charge gouvernante.

 

Poser la question du « qui » donne sa corporalité au corps décisionnel et l’insère dans la temporalité et dans un espace donné. Dans un jeu politique orienté de cette manière la question n’est pas de savoir ce qui est juste, mais où s’arrête la juridiction d’un pouvoir et où commence celle d’un autre. Tant au niveau individuel, dans le sens où nous avons forcément le pouvoir direct de décider du mouvement de notre corps, qu’au niveau d’un corps social ou d’une assemblée qui régit un territoire et veille à la création de lois et le respect de celle-ci en son sein ainsi que de sa gestion. Ne poser que cette question sans s’occuper de la seconde revient à considérer tout système aussi bon qu’un autre, renier la progression manifeste de l’Homme à travers notre histoire et nous ostracise en petit groupes fragmentés. Connaissant le penchant naturel de l’Homme pour la violence quand on ne cède pas à ses caprices cela revient également à simplement attendre qu’une nouvelle guerre éclate, comme un mouvement pulsionnel d’une société prête à tout pour obtenir au moins une alternative temporaire à ce qui lui manque fondamentalement.

 

Ce qui lui manque ? La réponse à la question « Qu’est-ce qui doit gouverner ?». On pourrait faire preuve de cynisme et simplement répondre, « un ou plusieurs êtres-humains », mais cela pour l’instant au moins, s’impose à nous et n’offre pas réellement de réponse quant aux principes, aux valeurs, qui doivent orienter nos choix en la matière. — Et c’est de ça qu’il est ici question. — Le territoire alors change d’aspect. Ici nous sommes dans le milieu des croyances, des questionnements moraux et métaphysiques. Dés lors les barrières de territoires, deviennent secondaires, dans le sens où si les fondements sont juste, ils devraient pouvoir fonctionner partout. Si on découvre de manière assurée qu’il est vrai qu’il faut qu’un bon système judiciaire soit à la fois rétributif, dissuasif et réhabilitatif alors cela est vrai partout où une forme de pouvoir judiciaire s’exerce avec seulement des différences mineures due aux circonstances. De vraie réponses qui ne sont pas purement contingentes peuvent être atteintes.

 

Un risque cependant : nous sommes toujours perdus dans notre grotte et nous sommes terriblement limités à la fois dans nos facultés de raisonnement et par notre perspective. Il est donc terriblement présomptueux d’assumer à la fois connaître les valeurs les plus justes, bonnes, efficaces (Utilisez la variante de « meilleur » qui vous chante), d’assumer savoir comment les faire s’exprimer dans la réalité spatiale et temporelle, sans dérive et espérer atteindre un état meilleur par la suite dont le coût n’est pas outrancier. Cette question gomme les différences qui peuvent effectivement exister dans un même monde et hiérarchise les valeurs, imposant un cadre. Là ou si on se trouve affirmer son accord avec cette hiérarchie on peut être particulièrement satisfait et vouloir l’exporter, potentiellement de façon guerrière, de même si on se trouve à devoir réorganiser ses traditions, son mode de vie, ses croyances on peut se sentir justifier dans une réponse violente.

 

Dés lors, si dans leur isolation répondre à ces questions individuellement mène à des résultats défavorables il convient d’en faire une certaine synthèse afin d’en éviter les extrêmes ; une proposition qui agacera les partisans de l’une et l’autre questions mais qui me paraît nécessaire car aucune autre issue ne m’apparaît. Il existe un mieux et donc un bien. Celui-ci n’est pas accessible facilement pour une série de raisons. Dés lors il convient d’essayer timidement d’atteindre des accords entre les communautés sur ce qu’est ce mieux, ce bien. Tout en laissant place à des différences majeures sur la scène globale ou internationale qui doivent être respectées la plupart du temps bien que des interventions en cas d’abus devront exister.

 

Ce n’est pas une route facile, ce n’est pas une route plaisante et ce n’est pas une route dont le tracé est entièrement clair. Pour le moment c’est ce qu’on a et ce que je pense suffisant pour garder espoir.